La liquidation de l’INC : 60 Millions de consommateurs se retrouve directement menacé par une décision inscrite dans le budget 2026. Lundi, une cinquantaine de salariés, élus et citoyens se sont rassemblés devant le siège de l’Institut national de la consommation à Malakoff. Ils dénoncent une mesure jugée incompréhensible et idéologique.
Lionel Maugain, délégué syndical CFDT et journaliste au sein de 60 Millions de consommateurs, estime que l’argument budgétaire avancé par le gouvernement masque une volonté plus ancienne de supprimer cet organisme public indépendant. En 2024, l’INC a enregistré un déficit de 719 000 euros pour un chiffre d’affaires de 11,6 millions d’euros. Le coût de la liquidation est évalué à 8 millions d’euros par le gouvernement, et à 11 millions selon le syndicat SNME CFDT.
Pour les représentants du personnel, la suppression de l’INC ne constitue pas une économie structurelle évidente à court terme. Ils dénoncent une décision politique qui affaiblit un acteur clé de la protection du consommateur.
60 emplois menacés et indépendance fragilisée
La liquidation de l’Institut national de la consommation expose environ 60 salariés à un licenciement, sauf si un repreneur privé est identifié. Or 60 Millions de consommateurs repose sur un modèle sans publicité, garant d’une indépendance éditoriale forte. Un passage dans le secteur privé poserait directement la question du maintien d’une expertise réellement indépendante face aux industriels.
Un contre-pouvoir technique reconnu
Les journalistes de 60 Millions de consommateurs travaillent avec des ingénieurs et des laboratoires indépendants. Les dossiers reposent sur des analyses scientifiques, des tests en laboratoire et des expertises juridiques : détection de résidus de pesticides, contrôle d’additifs alimentaires, mesure de polluants ou comparaison de performances techniques.
Ce travail constitue un outil de régulation indirecte du marché et un contre-pouvoir face aux stratégies marketing et aux lobbies industriels. Certaines affaires récentes ont montré la capacité du magazine à agir comme intermédiaire indépendant entre consommateurs, autorités publiques et industriels.
Supprimer une institution qui produit des analyses techniques indépendantes et qui agit comme relais d’alerte revient à affaiblir volontairement un outil de contrôle du marché. Le signal envoyé est clair : la protection du consommateur devient une variable d’ajustement budgétaire.
Une décision à portée démocratique
D’un point de vue démocratique, la liquidation de l’INC et la disparition possible de 60 Millions de consommateurs posent la question du pluralisme de l’information et du maintien d’un service public indépendant dédié aux consommateurs. Une démocratie ne se limite pas au vote. Elle suppose des institutions capables de produire une information neutre, vérifiable et opposable.
Si cet acteur disparaît, l’équilibre se modifie. Le public dépend davantage de la communication des fabricants, de comparateurs privés ou de contenus financés, soumis à des logiques économiques. L’impact n’est pas symbolique. Il touche la capacité des citoyens à disposer d’une expertise indépendante dans un contexte où la qualité, la sécurité et la loyauté des produits deviennent des enjeux majeurs.
Un possible recours constitutionnel
Un recours devant le Conseil constitutionnel reste évoqué pour contester la mesure inscrite dans la loi de finances. À ce stade, toutefois, la liquidation de l’INC semble engagée. Si aucun repreneur n’est trouvé, 60 Millions de consommateurs pourrait cesser sa parution sous sa forme actuelle.
Une question de modèle pour la protection du consommateur
La suppression de l’INC pose une question plus large : celle du modèle public d’information et de défense des consommateurs. Depuis près de soixante ans, l’organisme assure une mission d’intérêt général en produisant des analyses indépendantes accessibles au grand public.
En retirant son soutien à cette institution, l’État affaiblit un contre-pouvoir technique au service des citoyens. Il transfère cette mission vers des acteurs privés ou associatifs, sans garantie équivalente en matière de moyens techniques, d’indépendance et de capacité d’investigation.
SOUTIEN
JLM Diffusion, en tant qu’acteur professionnel de l’électroménager et partenaire quotidien des consommateurs comme des prescripteurs, tient à exprimer son soutien au maintien d’une information technique indépendante. Le travail réalisé par 60 Millions de consommateurs et par l’Institut national de la consommation contribue à objectiver les performances, à clarifier les normes et à élever le niveau d’exigence du marché. Dans un secteur où les données techniques, les labels énergétiques et les arguments commerciaux se multiplient, l’existence d’un contre-pouvoir public constitue un repère utile pour tous. La disparition de cet outil affaiblirait l’écosystème global de la protection du consommateur et de la transparence.
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