L'ancien directeur de la marque Novy en France est toujours très impliqué en 2014, et répond à quelques questions pour Jlm Diffusion.

Interview de Jean-Philippe Vanwalleghem en 2014

Vous êtes chez Novy depuis 33 ans, expliquez-nous les raisons de votre fidélité ?

Au départ, mon père avait une menuiserie, puis il est devenu agent commercial pour un fabricant allemand de cuisines. On habitait à la frontière belge, et mon père a rencontré le fabricant Novy à la foire de Lille, en 1969. C’est à ce moment qu’il est devenu le référent Novy pour la France.
En 1981, j’ai rejoint mon père, puis j’ai repris l’entreprise en 1987. Je suis passé par tous les postes, de la fabrication en Belgique au service commercial, et même en informatique… (rire)

Tout cela pour dire que l’on n’est pas fidèle à sa famille… On l’aime et on en fait partie !

Une anecdote inoubliable liée à votre métier et à la marque...

En 1984, la première fois que nous sommes allés, à leur demande, à la Société Industrielle de Lacanche, nous sommes arrivés dans une entreprise qui venait tout juste d’être reprise. Les bâtiments étaient délabrés, et nous avions eu à l’époque un moment de doute.

Quand on sait ce qu’est devenu Lacanche aujourd’hui, une entreprise à la pointe de la technologie et digne d’une réputation haut de gamme, on comprend qu’avec des moyens et la motivation des hommes, on crée de très belles entreprises (et histoires) en France. Il faut ajouter que c’est depuis lors notre plus gros client.

Je sais que vous avez une autre passion que celle de l'aspiration, pouvez-vous nous en parler un peu ?

Oui, les chemins de fer !
C’est une passion que je partage, en famille, avec des amis, des clients… D’ailleurs, j’ai toujours sur moi un ou deux modèles réduits de train, des revues spécialisées…

J’ai créé avec trois associés une société de fabrication de modèles réduits ferroviaires ; nous avons un site internet vitrine : REE Modèles.

Douze ans plus tard : cette passion est devenue une gare

Cette réponse de 2014 pourrait aujourd'hui sembler presque anodine. Elle annonçait pourtant la suite de l'histoire.

Jean-Philippe Vanwalleghem ne s'est pas contenté de collectionner les trains miniatures ou les objets ferroviaires. Sa passion l'a conduit à entreprendre la sauvegarde de la gare de Pontivy, dans le Morbihan. Le bâtiment n'est pas quelconque. La gare est construite en 1864 par la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. Pontivy porte alors encore le nom de Napoléonville, inscription que l'on retrouve toujours sur l'un des pignons de la gare (nouvellement restauré). Le trafic régulier de voyageurs disparaît en 1987. Puis le bâtiment décline progressivement. À la fin de l'année 2014, le faux plafond de la salle d'attente s'effondre et le bureau commercial est transféré hors de la gare.

Le projet de Jean-Philippe Vanwalleghem débute en 2017 avec le rachat du bâtiment à la SNCF. Son objectif n'est pas d'acquérir une ancienne gare pour la transformer en simple immeuble. Il veut conserver son identité ferroviaire et lui rendre une véritable fonction. Au départ quand je discute avec lui, (et avec ma soeur qui vit à Pontivy), le batiment pourrait devenir un musée.

Restaurer une gare sans effacer son histoire

La restauration intérieure s'appuie sur les volumes et l'organisation historique du bâtiment. Jean-Philippe Vanwalleghem reprend notamment les plans de 1864 pour guider la réhabilitation.

Le chantier engagé entre 2019 et 2022 transforme profondément un bâtiment très dégradé, mais, fidèle à sa réputation JP garde une constante : la gare reste une gare. Le rez-de-chaussée retrouve des espaces destinés aux voyageurs, avec un hall d'accueil, une billetterie et des locaux liés aux transports. Une boutique consacrée au modélisme ferroviaire s'installe également dans le bâtiment.

À l'étage, quatre appartements sont créés. Ces logements ne constituent pas seulement une transformation immobilière du bâtiment : leurs loyers participent au modèle économique destiné à assurer la pérennité de l'ensemble. Jean-Philippe Vanwalleghem résumera lui-même cette philosophie par une formule particulièrement juste : il se considère davantage comme le « conservateur de la gare » que comme son propriétaire.

Mettre les moyens pour en refaire vraiment une gare

Le projet ne s'arrête pas à la restauration des murs. Depuis 2020, le Napoléon Express permet à nouveau à des voyageurs de partir de Pontivy pendant la saison touristique. Exploité avec le concours de l'association Chemins de Fer du Centre Bretagne, il parcourt une partie de la vallée du Blavet. La gare retrouve parallèlement une fonction dans les déplacements quotidiens avec un espace d'accueil consacré aux différents réseaux de transport. Salle d'attente, billetterie et sanitaires accueillent de nouveau le public.

C'est probablement l'élément le plus singulier du projet : Jean-Philippe Vanwalleghem n'a pas seulement restauré une ancienne gare. Il a contribué à faire en sorte qu'elle serve de nouveau aux voyageurs.

La dimension financière donne également une idée de l'engagement personnel nécessaire. Le projet représente environ 1,2 million d'euros de travaux. En 2026, Jean-Philippe Vanwalleghem indiquait avoir personnellement supporté environ 800 000 € de cet investissement.La restauration intérieure ne réglait toutefois pas tout. Restait une partie particulièrement lourde : les façades historiques en brique rouge et tuffeau blanc.

2024-2026 : la dernière grande étape, les façades

En septembre 2024, la gare de Pontivy est sélectionnée par la Mission Patrimoine. Le projet bénéficie ensuite de 300 000 € du Loto du patrimoine, auxquels s'ajoutent une collecte de dons et différentes aides. Près de 600 m² de façades doivent être restaurés. Les travaux concernent notamment les briques, les pierres de tuffeau et les éléments architecturaux qui donnent à cette gare son aspect caractéristique.

Le projet dépasse désormais largement l'aventure individuelle. La gare s'inscrit dans le réaménagement du secteur et dans le futur pôle d'échanges multimodal de Pontivy. Une association, Les Amis de la gare de Pontivy, accompagne également sa sauvegarde.

Pour suivre le projet et la restauration des façades, la Fondation du patrimoine consacre une page à la gare de Pontivy.

Retour à l'interview de 2014

Après cette parenthèse ferroviaire, revenons en décembre 2014. Jean-Philippe Vanwalleghem était alors encore interrogé sur l'avenir de Novy.

De quoi sera fait 2015 (et les années à venir) chez Novy ?

Je reviens à l’usine en Belgique. J'y ai fait un point technique sur les produits à venir. Je reviendrai vers vous avec plus de détails si vous le voulez bien. De toute façon, Novy continuera à cultiver sa différence d’un point de vue technique, ergonomique et design.

Juste pour apporter un peu de news, je vous dirais qu'une nouvelle hotte escamotable se situant au centre de la table de cuisson viendra compléter la gamme Novy. Elle vous rappelle la Bora bien sûr, mais elle sera d'une tout autre qualité. L'avantage avec Novy, c'est que la table de cuisson Novy sera de bonne qualité.

Si vous deviez vanter les mérites d'une seule référence, quelle serait-elle ?

Sans hésiter, la 6840 Pure Line. Le groupe de plafond étant très technique, le concept avait des difficultés à s’implanter en France. C’est Novy qui a démocratisé le groupe de plafond. Aujourd’hui toutes les marques sont présentes sur ce produit, mais nous sommes encore la référence dans ce domaine.

En 2015, à quelle(s) manifestation(s) serez-vous présent ? Allez-vous à Eurocucina ?

En 2015, je serai au SADECC à Lyon, puis à la Foire de Paris. Je ne fais pas de salon international cette année pour ma part.

Merci à Jean-Philippe pour ce petit moment improvisé dans le showroom de JLM Diffusion.

De Novy à Pontivy : une certaine continuité

Relire cette interview douze ans plus tard donne une résonance particulière à l'anecdote que Jean-Philippe Vanwalleghem racontait à propos de Lacanche.

Il expliquait en 2014 qu'avec « des moyens et la motivation des hommes, on crée de très belles entreprises (et histoires) en France ».

Il parlait alors d'une usine qu'il avait découverte presque délabrée en 1984 et qui avait retrouvé une nouvelle vie.

Quarante ans après cette visite et douze ans après notre interview, l'histoire de la gare de Pontivy donne à cette phrase une portée assez particulière.

D'un bâtiment ferroviaire fortement dégradé sont revenus des logements, un commerce, des espaces ouverts au public, des voyageurs, un train touristique et, surtout, une gare qui n'a jamais été transformée au point d'oublier ce qu'elle était.

En 2014, à la question de savoir quelle était son autre passion, Jean-Philippe nous avait répondu en trois mots : « Oui, les chemins de fer ! »

Nous savons aujourd'hui jusqu'où cette passion pouvait le conduire.


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